Les causes d'interférences
Les anticorps anti-TSH et les anticorps hétérophiles constituent deux causes d’interférences créant de fausses élévations du dosage de TSH (1-3).
Anticorps anti-TSH
La présence d’anticorps anti-TSH est un phénomène rare (moins de 300 cas décrits dans la littérature). Le plus souvent mais pas toujours leur existence est rattachée à une immunisation secondaire à l’administration de TSH bovine ou d’extraits hypophysaires peu purifiés. Des anticorps peuvent être dirigés contre la TSH humaine (Ac anti-hTSH), ce sont des cas extrêmement rares (moins de 10 dans la littérature). La grande majorité des cas décrits (environ 250) correspond à des anticorps dirigés contre la TSH bovine (Ac anti-bTSH).
Anticorps hétérophiles
Les anticorps hétérophiles sont des anticorps humains, de n’importe quelles classes ou sous-classes d’immunoglobulines, dirigés contre n’importe quelle partie d’un anticorps impliqué dans l’immunodosage. Ce sont des HAMA (Human Anti-Mouse Antibodies) quand ils réagissent avec les anticorps de souris du dosage. Les anticorps hétérophiles peuvent avoir une concentration et une affinité suffisantes pour perturber le résultat du dosage. Dans un dosage immunométrique comme celui de la TSH, le plus souvent, ils interfèrent en réalisant un pont entre les deux anticorps du dosage. En mimant ainsi le rôle de la TSH, ils sont à l’origine d’un fausse élévation du résultat (Voir figure ci-dessous) (6). Les facteurs rhumatoïdes, anticorps humains anti-immunoglobulines humaines peuvent présenter des réactions croisées avec des immunoglobulines animales et peuvent être à l’origine du même type d’interférence.

Fig : Schéma des pièges analytiques
L’agent immunogène responsable de la production des anticorps hétérophiles n’est en général pas connu ; il est admis qu’il s’agit le plus souvent d’anticorps naturellement présents peu spécifiques et de faible affinité. Dans d’autres cas, l’immunogène est connu et on parle alors d’anticorps anti-animal. Les anticorps anti-animal sont en général plus spécifiques et ont une affinité plus élevée. On détectera par exemple des HAMA dans le sérum de patients ayant bénéficié à titre diagnostique ou thérapeutique d’injections d’anticorps monoclonaux de souris.
Les anticorps hétérophiles et/ou les facteurs rhumatoïdes sont susceptibles de donner des élévations artéfactuelles du taux de TSH pouvant conduire à un diagnostic erroné même avec les dosages immunométriques actuels. Ces élévations sont particulièrement difficiles à mettre en évidence quand elles sont peu marquées, ce qui est le cas dans nombre d’hypothyroïdies frustes. Heureusement, leur fréquence semble être faible, de l’ordre de 0,5 % pour certains dosages et probablement beaucoup moins pour la grande majorité d’entre eux. Cependant quelques cas ont rappelé récemment que cette interférence était toujours possible (4,5).
L’interférence d’anticorps anti-avidine dans les dosages utilisant le couple avidine- ou streptavidine-biotine induit un résultat faussement abaissé.
Recherche d'interférence
La recherche d’interférence (dans un échantillon dont le résultat du dosage de TSH pose problème) peut être abordée par les moyens suivants :
- dosage par une autre méthode mettant en jeu un autre couple d’anticorps. Des résultats discordants (différence >50% d’après la NACB) peuvent être signes d’interférence d’anticorps hétérophiles ou anti-TSH.
- test de dilution dans un sérum hyperthyroïdien (TSH <0,01 mUI/L) ou le diluant proposé par le fabricant. Un écart par rapport à la linéarité est un signe d’interférence d’anticorps hétérophiles ou anti-TSH. Le diluant du fabricant peut contenir des immunoglobulines animales susceptibles de neutraliser certains anticorps hétérophiles.
- dosage après traitement du sérum dans un tube HBT® (Heterophilic Blocking Tubes) commercialisé par les Laboratoires Scantibodies France 12, rue de Normandie 91140 – Villebon/Yvette. Ces tubes contiennent des réactifs immunologiques, en particulier un anticorps monoclonal de souris anti-IgM humaines, qui neutralisent certains anticorps hétérophiles. Après traitement l’exactitude du résultat n’est pas garantie mais une modification significative par rapport à la valeur initiale est un signe d’interférence d’anticorps hétérophiles. Pour valider ce traitement il est nécessaire de vérifier avec chaque méthode de dosage son absence d’effet sur des sérums témoins ne contenant pas d’anticorps hétérophiles.
- Si le passage sur tube HBT® ne peut être effectué, le sérum peut être dosé après ajout de 10% de sérum animal (souris, lapin ou bœuf) susceptible de neutraliser les anticorps hétérophiles.
Aucun de ces 4 procédés n’est infaillible pour détecter une interférence d’anticorps. Le dosage par une autre méthode nous semble en pratique l’attitude à recommander en première intention mais n’apporte pas la preuve et n’exclut pas une interférence.
Pour mettre en évidence un éventuel anticorps anti-TSH, une incubation du sérum avec de la TSH bovine marquée à l’iode125 (la seule disponible) suivie de la précipitation des immuns complexes au polyéthylène glycol ou avec un immunsérum anti-gammaglobulines humaines peut être réalisée.
Références
- Despres N, Grant AM. Antibody interference in thyroid assays: a potential for clinical misinformation. Clin Chem 1998;44:440-54.
- Sapin R, D’Herbomez M, Gasser F, Wemeau JL, Schlienger JL. Problèmes analytiques des immunodosages de thyrotropine. Spectra Biol 1997 ;16 :47-52.
- Sapin R, D'Herbomez M, Schlienger JL, Wemeau JL. Anti-thyrotropin antibody interference in thyrotropin assays. Clin Chem 1998;44:2557-9.
- Flourie F, Parant F, Penes MC, Alcaraz-Galvain D. Falsely increased thyroid-stimulating hormone concentrations attributable to interference from human anti-mouse antibodies. Clin Chem 2002;48:2289.
- Sapin R, Agin A, Gasser F. Misleading high thyrotropin results obtained with a two-site immunometric assay involving a chimeric antibody. Clin Chem 2004;50:946-8.
- Yvert J.P. Communication personnelle.
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