Effets “matrice”
La mesure des concentrations des hormones libres est soumise à l'influence de divers facteurs caractérisant le milieu réactionnel susceptibles de modifier l'équilibre libre - lié : dilution, pH, force ionique, nature du tampon et température (le dosage doit être fait à 37°C). La dilution introduite par le dosage et la captation par l'anticorps du dosage d'une certaine quantité d'hormone perturbent l’équilibre préexistant d’une façon d’autant plus marquée que la capacité de fixation de T4 ou T3 sur les protéines de transport est abaissée (voir fiche sur le dosage de la T4L). La mesure de T4L est aussi sensible à la présence d’inhibiteurs de fixation de la T4 aux protéines de transport, tels que des médicaments (voir fiche sur les médicaments modifiant les analytes) ou des acides gras libres (AGL) libérés dans le sérum des patients traités par l’héparine (voir fiche sur le dosage de la T4L). Pour toutes ces raisons, c'est chez les patients hospitalisés atteints de maladies graves non thyroïdiennes que la variabilité des résultats de T4L et de T3L reste la plus grande et que l'interprétation du résultat devra tenir le plus grand compte de la méthode utilisée (1). En particulier, plus la dilution de l'échantillon est importante, plus l'effet des compétiteurs est atténué et plus le résultat de T4L mesuré in vitro est abaissé par rapport à sa valeur in vivo. De la même façon, l'intensité de la baisse de la T3L chez ces patients dont la T3 totale est souvent basse (syndrome à basse T3), dépend beaucoup de la trousse utilisée.
Outre les effets de la dilution, la présence d'albumine, parfois ajoutée dans les réactifs du dosage dans le but d'amortir les effets des AGL générés in vitro pendant la conservation du sérum, peut accentuer le biais négatif (2). Il faut regretter que l’incorporation d’additifs (albumine, sérums animaux) ne soit pas toujours portée à la connaissance des utilisateurs. Dans ces conditions, il est difficile de prévoir le comportement d’une trousse donnée dans un sérum particulier, même si le principe de la méthode est connu. La bonne maîtrise de l’interprétation des résultats d’une trousse de dosage de T4L ou T3L passe nécessairement par sa mise à l’épreuve sur un panel d’échantillons bien caractérisés cliniquement et biologiquement (pathologies associées, protéines de transport, médicaments).
Réactions croisées
L'interférence de l'acide triiodothyroacétique dans le dosage de T3L est fréquente et peut constituer un piège dans la mesure où cette prise médicamenteuse n'est pas toujours connue du médecin. La réaction croisée de la D-T4 dans les dosages de T4L pose plus rarement problème. Certains dosages de T3L peuvent croiser avec des anti-inflammatoires non stéroïdiens.
Anticorps interférents (3)
Les anticorps interférents sont dirigés soit contre les hormones thyroïdiennes, soit contre les anticorps réactifs du dosage.
Des anticorps anti-hormones thyroïdiennes (AAHT) anti-T4 et/ou anti-T3 peuvent se rencontrer. L'estimation de leur fréquence est difficile mais leur interférence dans les dosages actuels est rare. Les AAHT ne perturbent pas ou peu les immunodosages en 2 étapes que ce soient ceux de T4L ou de T3L. Pour les dosages en une étape avec anticorps marqué, ce sont les anticorps anti-ligand qu'il faut suspecter. Le dosage de T4L avec ligand hétérologue (T3) insensible aux anti-T4 peut donner un résultat faussement élevé en présence d'anti-T3. Dans le cas d'un ligand homologue, il n'est pas surprenant que le résultat de T4L puisse être sensible aux anti-T4 et insensible aux anti-T3 et que le résultat de T3L puisse être sensible aux anti-T3. La présence d’anticorps anti-hormones thyroïdiennes est mise en évidence en mesurant, après incubation avec le sérum, le pourcentage d’hormone radioactive marquée précipité par le polyéthylène glycol.
De plus, dans quelques sérums ne contenant pas d'anticorps anti-hormones thyroïdiennes, des résultats de T4L faussement élevés, en opposition avec un résultat en 2 étapes normal, ont été observés avec des méthodes par anticorps marqué. Cette interférence exceptionnelle a été attribuée à des immunoglobulines qui réagissent avec la phase solide ou avec le bras de liaison du ligand à la phase solide et bloquent ainsi la réactivité du ligand vis-à-vis de l’anticorps du dosage (anticorps anti-phase solide).
Des anticorps hétérophiles (voir fiche sur les pièges dans le dosage de la TSH) peuvent, en bloquant l’accès du ligand à l’anticorps du dosage, perturber les dosages compétitifs tels que ceux de T4L et T3L. Ce type d’interférence induit une fausse augmentation du résultat. Cette interférence est rare mais des cas ont été décrits en particulier d’interférence d’anticorps anti-idiotypes.
Les interférences d’anticorps anti-avidine dans les dosages utilisant le couple avidine- ou streptavidine-biotine ou d’anticorps anti-ruthénium dans les dosages utilisant ce marqueur peuvent également induire une fausse augmentation du résultat.
Anomalies des protéines de transport (4,5)
Les anomalies qualitatives des protéines de transport peuvent concerner exceptionnellement la TBG ou la transthyrétine mais en France c'est l'albumine qui est le plus fréquemment en cause. Si l’analbuminémie est très rare, la dysalbuminémie familiale hyperthyroxinémique (FDH) un peu plus fréquente se caractérise par la présence dans le sérum d'une forme particulière d'albumine avec une affinité très élevée pour la thyroxine. Cette anomalie de l'albumine est la conséquence de mutations du codon 218 du gène de l'albumine aboutissant au remplacement de l'arginine par l'histidine ou la proline.
Dans les sérums dysalbuminémiques, la dialyse à l'équilibre a toujours donné des résultats en accord avec le statut clinique du patient. Il en est de même pour certains dosages en 2 étapes alors que d'autres peuvent donner des résultats légèrement augmentés. Avec les méthodes en une étape l'interférence reste modérée avec un anticorps marqué et peut être absente avec un traceur conjugué.
Tous ces pièges peuvent conduire à une élévation ou un abaissement isolé de la T4L ou de la T3L dont les principales causes sont regroupées dans ce tableau.
Références
- D’Herbomez M, Forzy G, Gasser F, Massart C, Beaudonnet A, Sapin R. Clinical evaluation of nine free thyroxine assays : persistent problems in particular populations. Clin Chem Lab Med 2003;41:942-7.
- Christofides ND, Wilkinson E, Stoddart M, Ray DC, Beckett GJ. Serum thyroxine binding capacity-dependent bias in an automated free thyroxine assay. J Immunoassay 1999;20:201-21.
- Després N, Grant AM. Antibody interference in thyroid assays: a potential for clinical misinformation. Clin Chem 1998;44:440-54.
- Sapin R, Schlienger JL. Difficultés d’interprétation du bilan thyroïdien; II Pièges analytiques. Immunoanal Biol Spec 1999;14:125-32.
- Sapin R, Schlienger JL. Dosages de thyroxine (T4) et triiodothyronine (T3) : techniques et place dans le bilan thyroïdien fonctionnel. Ann Biol Clin (Paris) 2003;61: 411-20.
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